Le chéquier est-il en voie de disparition ?

Vous connaissez tous le chéquier, moyen de paiement scriptural et gratuit. En Europe, la France est le pays qui utilise le plus de chèques, 61% des chèques utilisés sur le continent sont émis dans l’hexagone. Pourtant son utilisation baisse d’année en année alors que la quasi-totalité des Français possèdent un chéquier.

Le chéquier: un moyen de paiement gratuit

En 2006, le chèque représentait 26% du nombre de paiements en France. Cependant la tendance est à la baisse sur ces dernières années. Pour preuve, en 2006 les chèques émis par habitant étaient de 60 en 2006, 48 en 2010 et 45 en 2011. Ce qui représente une baisse de 25% en 5ans. Pourtant 91% des Français possèdent un chéquier…

D’ailleurs une enquête a été réalisée en 2011 pour le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) sur l’utilisation du chèque en France.

Dans cette étude, on note que 18% des Français disent préférer le chèque comme moyen de paiement alors que 63% privilégient la carte bancaire. On note aussi que 4 particuliers sur 10 ont l’intention de moins utiliser le chèque dans les 5 prochaines années.

On observe que la tranche d’âge 35-49ans est celle qui procède le plus aux paiements par chèque souvent pour payer la cantine, la scolarité, les activités sportives… Ils signent 5,7 chèques par mois, contre 4,9 en moyenne de l’ensemble de la population.

En revanche, ceux qui l’utilisent le moins sont les jeunes de 18 à 24ans (31% des non-détenteurs) vivant en milieu urbain et avec un revenu modeste (43 % avec un revenu net mensuel inférieur à 1 500 euros). On peut supposer que les jeunes sont plus habitués à l’air d’Internet et sont plus sensibles aux paiements par carte bancaire, au virement ou au prélèvement.

On peut expliquer la baisse progressive de l’utilisation du chéquier par le fait que les commerçants sont de plus en plus nombreux à refuser le paiement par chèque. Notamment pour 2 raisonsprincipales: Le risque d’impayés et les chèques en bois (62% des commerçants interrogés) et le temps nécessaire pour encaisser le chèque (8%).

Qu’en pensent les banques et les associations?

Ces dernières années plusieurs associations se sont réunies afin de mieux comprendre les avantages et inconvénients du chèque mais aussi pour connaitre leur position sur un possible remplacement du chèque et aux alternatives existantes.

Ces 7 associations sont: AFOC (Association Force ouvrière consommateurs), CLCV (Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie), UFC Que Choisir, CSF (Confédération syndicale des familles), Familles de France, Secours catholique, UNAF (Union nationale des associations familiales)

Les associations sont arrivées à plusieurs conclusions dont le fait que le chéquier est un moyen de paiement gratuit et nécessaire dans certains cas d’utilisation (paiement d’un loyer, dépôts de garantie / acompte, envoi d’argent à un autre particulier par courrier pour un cadeau ou un remboursement etc.) mais difficilement remplaçable. La majorité de ces associations est pour une disparition progressive ou pour un remplacement si une alternative crédible et gratuite est possible. Aucune proposition concrète n’est pourtant proposée par les différents acteurs sondés.

Cinq acteurs du secteur bancaire, FBF (Fédération bancaire française), BPCE, Crédit agricole, La Banque Postale, Société générale ont été invités à donner leurs avis sur le chèque, sur leur position quant au remplacement progressif du chèque et des alternatives possibles.

Il en ressort plusieurs informations :

  • Le chèque est perçu comme un moyen de paiement peu adapté à l’économie moderne, avec notamment le traitement du papier qui génère des charges de gestion et un risque de fraude;
  • Le chèque génère des coûts importants avec une grande partie de coûts fixes;
  • Peu de recettes pour les banques car il est très difficile de facturer l’utilisation du chèque (en général, les seuls frais facturés par les banques sont les frais liés aux incidents de paiement). Un incident de paiement concerne «tout rejet par la banque d’un ordre de paiement par chèque, virement ou prélèvement pour défaut ou insuffisance de provision. Il génère des frais»
  • Le secteur bancaire s’inquiète d’une augmentation importante du coût unitaire du chèque en cas de disparition lente du chèque, ce qui serait certainement le pire des scénarios du point de vue du secteur bancaire.

Les avis divergentsur un possible remplacement du chèque:

1 des 5 représentants du secteur bancaire est plutôt contre le remplacement du chèque. Les chèques sont très répandus en France et il est donc beaucoup trop tôt pour décider d’une telle date en France. La fin de la filière chèque menacerait les emplois du secteur, une problématique sociale serait donc à prévoir.

2 des 5 représentants du secteur bancaire sont neutres par rapport au remplacement du chèque.

2 des 5 représentants du secteur bancaire sont plutôt pour le remplacement du chèque pour 3 raisons: le chèque ne peut pas devenir une activité rentable, il n’est pas un moyen de paiement de type SEPA et les contraintes sécuritaires augmentent (et donc les coûts augmentent également pour les banques)

Et la carte bancaire dans tout ça?

Comme vous le savez, la carte bancaire contrairement au chéquier est un moyen de paiement payant. En France, 96% des français possèdent une carte bancaire et elle est deux fois plus utilisée aujourd’hui que le chèque.

Selon une étude effectuée par l’UFC Que Choisir, les banques facturent un nombre important de frais plus ou moins obscurs qui pénalisent financièrement les utilisateurs. Parmi ceux-ci, les frais de traitements des incidents bancaires (chèque sans provision, prélèvement rejeté, virement sans provision etc.) sur lesquels les banques se font plus de 80% de marge brute.

Toujours selon l’UFC, la banque répond trop peu aux besoins des clients. Par exemple, la carte à autorisation systématique (Electron, Maestro) reste peu utilisée alors qu’en n’autorisant pas de découvert, elle permet de protéger les plus fragiles des agios et frais d’incidents exorbitants. Autre exemple, on ne trouve pratiquement plus de carte bleue simple (utilisable uniquement en France), alors qu’elle est largement suffisante pour les utilisateurs qui ne voyagent jamais. La carte internationale (Visa ou MasterCard), plus chère, est devenue la norme, celle que l’on vous propose au guichet quand vous refusez la gamme au-dessus (Gold ou Premier).

L’explication est simple pour l’association UFC: plus la carte est haut de gamme, plus elle rapporte de l’argent à la banque. Une Gold rapporte chaque année trois fois plus qu’une visa classique (99 euros contre 37 euros). Les cartes prestige (Infinite, Platinum) sont encore plus intéressantes avec leurs 143 euros de plus par an.

Comme dit plus haut, la carte bancaire est un service bancaire payant, mais pourquoi ça? Selon le rapport Pauget-Constans sur la tarification des services bancaires, la réponse est simple. Du fait de la gratuité du chéquier, les banques facture la carte bancaire afin de s’y retrouver financièrement.

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